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samedi, novembre 27, 2021

Maroc-Israël : Accord de dissuasion massive

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La visite officielle du ministre israélien de la Défense Benny Gantz au Maroc, couronnée par la signature d’un accord historique de coopération sécuritaire entre le Royaume et Israël, a produit un mouvement de bascule décisif sur l’équilibre géostratégique des forces, plus que jamais fluctuant, dans la région du Maghreb et dans l’ensemble du pourtour méditerranéen. Les répercussions politiques, économiques et militaires de cet accord inédit reconfigureront sans nul doute la carte des interactions géopolitiques dans cette aire géographique en proie à toutes sortes de tensions, de conflits et de convoitises.

En concédant de recevoir sur son sol l’un des faucons les plus notoires du gotha politico-militaire israélien et en concluant une alliance défensive, lourde de sens et de conséquences, avec l’Etat hébreu, le Maroc semble jouer son va-tout pour se garantir une assurance tout risque contre les menaces de plus en plus franches qui émanent de son voisinage immédiat, notamment algérien et sahélien, et, dans une moindre mesure, européen.

La question est donc de savoir si cette alliance militaire était programmée dans l’agenda de l’accord tripartite conclu en décembre 2020 entre le Royaume, d’une part, et les Etats-Unis d’Amérique et Israël, d’autre part, ou s’agit-il plutôt d’une évolution significative imposée par l’inquiétante escalade guerrière entretenue par l’Algérie ? Auquel cas et au-delà de l’évident bénéfice politique, stratégique, technologique, militaire, mais également économique que constitue cet accord pour le Maroc, il importe de se demander quels dividendes escompte Israël de pareil partenariat où, de toute évidence, les intérêts priment sur les sentiments, aussi confraternels soient-ils ?

Il va sans dire qu’en se positionnant dans le Maghreb aux côtés d’un Etat pivot comme le Maroc, Israël espère provoquer un effet d’entraînement à même de redémarrer la dynamique de normalisation avec le monde arabe, entamée au Moyen-Orient et qui suscite encore quelques résistances, de part et d’autre du Machreq et du Maghreb. Il est clair aussi que la situation centrale du Maroc sur l’axe euro-africain constitue pour Israël un argument majeur en faveur de ce partenariat. Mais l’autre enjeu, moins évident, de cet accord implique l’Amérique qui semble vouloir se positionner avec force dans la région par Israéliens interposés, sans froisser ses alliés européens ou trop effaroucher ses adversaires russes et chinois.

Dans cette dynamique des plaques géopolitiques qui se joue sous nos yeux, le Maroc est largement fondé dans sa démarche protectionniste basée sur le «win-win» et la recherche de partenariats stratégiques et concluants, pour faire face aux diverses menaces, tout en contrant les nouvelles armes de rupture algériennes, maintenir l’équilibre du rapport des forces et assurer de ce fait sa propre stabilité et celle de l’ensemble de la région.

Le revers de la médaille c’est qu’il ne manquera pas d’être idéologiquement embarrassé à chaque flambée de violence en Palestine, comme ce fut le cas en octobre 2000 lorsqu’il avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël après le déclenchement de l’Intifada et au lendemain de la tragique bavure de l’assassinat de Mohammed Al Durah dans les bras de son père. D’où l’intérêt de défendre l’inclusion d’une clause de bonne moralité dans l’accord de coopération sécuritaire conclu avec Israël, comme dans l’ensemble des accords d’Abraham de façon à préserver les alliés arabes des colères légitimes de leurs rues. Car, au final, si on ne choisit pas ses voisins, on peut toujours le faire pour ses amis comme pour ses ennemis.

 

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